Une usine-pilote pour tester et apprendre l’industrie du futur

Quand un leader de la stratégie – le prestigieux Boston Consulting Group – finance sa propre usine-prototype sur le plateau de Saclay, c’est qu’il se passe quelque chose ! En l’occurrence, les équipes du BCG veulent convertir leurs clients à l’industrie 4.0 et ont investi pour cela plusieurs millions d’euros dans un site pilote, l’Innovation Center for Opérations (ICO), qui concentre le nec plus ultra des technologies les plus impactantes : cloud et cybersécurité, intégration horizontale et verticale, simulation numérique, Big Data et  l’analytics, Internet industriel, réalité augmentée, impression 3D et robotique avancée.

« Venez-vous immerger à l’ICO et vous ne verrez plus les choses comme avant », tel est le message sous-jacent adressé par le BCG à des entreprises françaises plus frileuses sur le sujet que leurs homologues allemandes. Le cabinet prévoit d’ailleurs de dupliquer l’opération aux Etats-Unis, mais pas outre-Rhin…

Pour Olivier Scalabre, associé senior au BCG, le changement technologique représente pour les industriels des vieux pays industrialisés une opportunité unique de redevenir compétitifs vis-à-vis des pays à bas coût. « Les entreprises vont pouvoir relocaliser des usines plus agiles et de plus petite taille au plus près des marchés, expliquait-il récemment lors d’une conférence TEDx. Mais elles doivent faire rapidement les bons choix en termes de technologies et de méthodes de production. » C’est là qu’intervient le démonstrateur de 1200 mètres carrés installé à Villebon sur Yvette (91), co-conçu avec Centrale Supélec et ouvert aux grands groupe aussi bien qu’aux ETI et aux Start-ups. Objectif : expérimenter, tester, prototyper, former.

Innovation, expérimentation, formation

Deux chaînes de production sont installées dans l’ICO. L’une assemble des scooters : les industriels du ferroviaire, de l’aéronautique et de l’automobile s’y retrouveront. L’autre produit des bonbons, ce qui peut intéresser les industriels de la pharmacie et de l’agroalimentaire. Toutes deux ont été conçues grâce au logiciel Virtual Twin de Dassault Systèmes, qui permet d’aménager et d’optimiser virtuellement la ligne avant sa mise en place. Ces deux mini-usines permettent d’expérimenter la meilleure façon de combiner toutes les « briques » technologiques disponibles. « Au-delà de la sélection des bonnes technologies, l’ICO permet d’appréhender concrètement leur intégration entre elles, les contraintes liées à leur mise en place et les modalités d’exécution rapide pour améliorer les performances industrielles de manière massive et pérenne », explique Moundir Rachidi, directeur du projet. L’enjeu majeur de la nouvelle révolution industrielle est bien la connectivité entre les systèmes.
Ce laboratoire d’essai des technologies 4.0 s’appuie sur un partenariat avec de grands acteurs comme Microsoft et Dassault Systèmes, mais aussi avec une quinzaine de start-up françaises comme Metronlab (efficacité énergétique), Diotasoft (réalité augmentée), Braincube (Big Data) ou Optiflows (communication « machine to machine »). Il s’ouvre également à des groupes  internationaux spécialisés comme Kuka, Infeeny, Econocom, Fanuc, Universal Robot ou Tulip. « Nous souhaitons  créer un écosystème ouvert et neutre et nous avons engagé des discussions avec d’autres grands acteurs internationaux pour faire de l’ICO un centre d’expertise mondial » précise Olivier Scalabre. Quant au déploiement massif des technologies 4.0 dans les entreprises, le consultant l’entrevoit à l’horizon de deux ans. Il n’y a donc pas une minute à perdre !